Féminin-Masculin

CC by-sa

, par Pascal COMBEMOREL

 Devenir homme ou femme

Quelques définitions

Pour savoir si un individu est un homme ou une femme, nous nous fondons généralement sur plusieurs indices :

  • les vêtements portés (jupe, robe, costume, cravate), la coupe de cheveux (cheveux longs ou courts), la présence ou l’absence de maquillage,… Ce sont des caractéristiques socio-culturelles. Elles sont choisies par les individus, même si, en réalité, elles sont fortement contraintes par le contexte culturel. Il existe ainsi certains stéréotypes sur la façon dont les gens devraient se vêtir ou se comporter en fonction de leur sexe. Ce qui montre bien la dimension culturelle de ces stéréotypes est qu’ils sont variables dans le temps (de nos jours certaines femmes ont les cheveux très courts, ce qui n’était pas le cas il y a 50 ans), et dans l’espace (le port d’une robe par un homme peut paraître étrange dans la culture chrétienne alors qu’il est tout à fait normal pour les musulmans avec le port du qamis)
  • la taille et la forme générale du corps, la forme du bassin, la largeur des épaules, la présence ou l’absence d’une poitrine développée, mais aussi la tonalité de la voix (grave ou aiguë). Ce sont des caractéristiques biologiques qui ne sont pas choisies par les individus mais qui sont les résultats de leur développement.

L’ensemble de ces facteurs détermine l’identité sexuelle d’un individu, c’est-à-dire son sexe tel qu’il est perçu par les autres, par la société.

La notion d’identité sexuelle ne doit pas être confondue avec celle d’orientation sexuelle. L’orientation sexuelle d’une personne correspond au sexe des personnes par lequel elle est attirée. On distingue ainsi différents types d’orientation :

  • hétérosexuelle : une personne est attirée par les personnes du sexe opposé
  • homosexuelle : une personne est attirée par les personnes du même sexe qu’elle
  • bisexuelle : une personne est attirée par les deux sexes
  • asexuelle : cela correspond à une absence d’attirance sexuelle

Le sexe biologique

Le sexe biologique d’une personne peut se définir à plusieurs niveaux :

  • le sexe chromosomique, aussi appelé sexe génétique, correspond à la présence de chromosomes sexuels différents chez les hommes et les femmes. À l’intérieur du noyau de toutes les cellules d’un homme, on trouve un chromosome X et un chromosome Y (XY) alors que chez une femme on trouve deux chromosomes X (XX)
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Caryotype d’un homme
Un caryotype représente les différentes paires de chromosomes d’une espèce. Dans l’espèce humaine, il a 23 paires de chromosomes. L’une de ces paires correspond aux chromosomes sexuels. Il s’agit de XY chez l’homme (cas représenté sur cette image) et de XX chez la femme.
Source : National Cancer Institute, depuis Wikimedia Commons
  • le sexe gonadique correspond à la présence de gonades différentes chez les hommes et chez les femmes. Les gonades sont les organes qui produisent les gamètes, c’est-à-dire les cellules reproductrices. Chez les hommes, les gonades sont les testicules, qui produisent comme gamètes les spermatozoïdes. Chez les femmes, les gonades sont les ovaires, et produisent comme gamètes les ovocytes (dans le cadre de ce cours, on pourra considérer que le mot « ovocyte » est synonyme du mot « ovule »)
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Coupes de gonades
À gauche : coupe de testicule. Les structures rondes correspondent aux tubes séminifères, à l’intérieur desquels on distingue, au centre, les queues (flagelles) des spermatozoïdes.
À droite : coupe d’ovaire. La très grande cellule centrale, colorée ici en rose, correspond à un ovocyte.
Sources : TrJaagup, depuis Wikimedia Commons (coupe de testicule) et Ed Uthman, depuis Wikimedia Commons (coupe d’ovaire)
  • le sexe phénotypique qui correspond aux différences « visibles » (même si certaines, comme nous allons le voir ne sont pas perceptibles extérieurement). On distingue
    • les caractères sexuels primaires, qui sont présents dès la naissance. Cela correspond aux appareils génitaux (= appareils reproducteurs : ensemble des organes permettant la reproduction) qui sont différents chez une femme et un homme.
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L’appareil génital d’un homme vu de profil
Les différents éléments de l’appareil génital sont notés en gras. Les autres éléments servent à se repérer.
Source : adapté d’après Tsaitgaist, depuis Wikimedia Commons
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L’appareil génital d’une femme vu de profil
Les éléments de l’appareil génital sont indiqués en gras. Les autres éléments servent à se repérer.
Source : adapté d’après Tsaitgaist, depuis Wikimedia Commons
    • les caractères sexuels secondaires, acquis au moment de la puberté. Ils correspondent notamment à des changements de morphologie et au développement de la pilosité. Chez les femmes, il y a apparition des règles (= menstruations).

L’acquisition du sexe biologique au cours du développement

Nous avons vu que le sexe biologique des femmes et des hommes était différent du point de vue chromosomique, gonadique et phénotypique. Comment sont acquises ces différences au cours du développement de l’individu ?

Le sexe chromosomique est le premier à être acquis : il est déterminé dès la cellule-œuf, qui est la toute première cellule d’un organisme. Cette cellule-œuf possède 46 chromosomes (23 paires) dont 2 chromosomes sexuels. Un des chromosomes sexuels vient de l’ovocyte de la mère. Comme la mère est XX, elle transmet forcément un X. L’autre chromosome sexuel vient du spermatozoïde du père et comme celui-ci est XY, il transmet dans 50% des cas un X, et dans 50% des cas un Y. Le sexe chromosomique est donc déterminé dès le stade cellule-œuf.

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Une cellule-œuf humaine
On voit 2 noyaux (qu’on appelle à ce stade pronuclei) qui n’ont pas encore fusionné. L’un des deux provient de l’ovocyte, l’autre du spermatozoïde.
Source : Alan Handyside, depuis Wellcome Images

Puis la cellule-œuf se divise un grand nombre de fois pour former l’embryon, puis le fœtus. Jusqu’à la 7e semaine de grossesse, l’appareil génital est identique chez la fille et le garçon : on dit qu’il est indifférencié. Cet appareil génital commun aux deux sexes est formé par :

  • des gonades indifférenciés
  • des canaux de Wolff
  • des canaux de Müller
  • un sinus urogénital
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La différenciation des appareils génitaux masculins et féminins
À la 6e semaine de grossesse, l’appareil génital est encore indifférencié. La production d’AMH et de testostérone par les testicules provoque la différenciation en appareil génital masculin (en bas à gauche, 3e mois de grossesse). En l’absence de ces deux hormones, la différenciation se fait en appareil génital féminin (en bas à droite, 4e mois de grossesse).
Source : Pascal COMBEMOREL
Différenciation de l’appareil génital chez les garçons

Chez un garçon, la présence du chromosome Y va provoquer la différenciation des gonades en testicules. Les testicules vont sécréter deux hormones :

  • de la testostérone, qui va permettre le maintien de canaux de Wolff et permettre leur différenciation en épididyme, canal déférent, vésicule séminale et canal éjaculateur
  • de l’AMH (Anti-Müllerian Hormone en anglais, Hormone Anti-Müllerienne en français) qui va provoquer la disparition des canaux de Müller

Le sinus urogénital se différencie en vessie, urètre et prostate.

Différenciation de l’appareil génital chez les filles

Chez une fille, l’absence du chromosome Y va provoquer la différenciation des gonades en ovaires. Ceux-ci ne produisent ni testostérone, ni AMH

  • comme il n’y a pas de testostérone, les canaux de Wolff dégénèrent
  • comme il n’y a pas d’AMH, les canaux de Mûller persistent et donnent les trompes, l’utérus et les 3/4 supérieurs du vagin

Le sinus urogénital donne le quart inférieur du vagin et l’urètre.

La puberté

À la puberté, la production plus importante d’hormones provoque l’apparition des caractères sexuels secondaires :

  • chez les filles, les œstrogènes produits par les ovaires provoquent des changements morphologiques et l’apparition des règles
  • chez les garçons, la testostérone produite par les testicule provoque des changements morphologiques
Bilan

Dans les deux cas, qu’on soit chez une fille ou chez un garçon, le sexe génétique détermine le sexe gonadique qui lui-même détermine le sexe phénotypique.