La combustion spontanée : une explication scientifique

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, par Pascal COMBEMOREL

Un corps à moitié calciné, retrouvé dans une pièce close où rien d’autre n’est brûlé, c’est le mystère de la combustion spontanée !

Une intervention divine a d’abord été invoquée afin d’expliquer le phénomène de combustion spontanée, avant que celui-ci ne soit examiné d’un point de vue scientifique.

Plusieurs éléments sont communs aux cas de combustions spontanées [1]. Le corps de la victime est retrouvé réduit en cendres, généralement uniquement entre les genoux et le cou ; la tête, les jambes, les pieds et les membres supérieurs étant, fait remarquable, quasi-intacts. Autour du corps, rien n’est brûlé, ou alors seulement quelques objets. Et on trouve rarement une source de chaleur à proximité du corps.

Pour expliquer ces faits, les médecins légistes proposent un scénario en plusieurs étapes. Tout d’abord, la victime décèderait de cause naturelle (crise cardiaque, crise d’épilepsie menant à une mort par asphyxie) avant que ne commence la combustion. En effet, la plupart des autopsies ne montrent pas de traces de suie dans les voies respiratoires. Dans certains cas cependant, la combustion se ferait chez des personnes encore vivantes mais inconscientes (à cause d’un coma éthylique par exemple, de nombreuses victimes étant alcooliques).

La seconde étape serait le contact avec une source de chaleur (cigarette, cigare, allumettes, cheminée,…) suffisamment importante pour perforer la peau [2]. Par la suite, le corps brûlerait comme une bougie : la graisse fondue de l’individu jouant le rôle de cire, qui imprégnerait alors les vêtements qui feraient office de mèche. C’est la wick effect theory (théorie de l’effet de mèche) actuellement retenue par les légistes pour expliquer la combustion spontanée [3]. Ceux-ci proposent d’ailleurs de renommer le phénomène en isolated body combustion (combustion d’un corps isolé) dans la mesure où, comme expliqué ci-dessus, la combustion n’est pas spontanée : elle nécessite une source de chaleur initiale. Cette dernière ne serait pas toujours retrouvée à proximité du corps dans la mesure où elle pourrait disparaître dans la combustion. Une fois initiée, celle-ci se déroulerait ensuite pendant plusieurs heures, sans flammes, mais en produisant une suie abondante qui recouvre alors les murs et les meubles.

Le mécanisme décrit ici expliquerait aussi pourquoi les extrémités du corps sont généralement retrouvées intactes : d’une part elles sont moins riches en graisse que le tronc, et d’autre part elles ne sont généralement pas recouvertes par les vêtements, dont on a vu le rôle indispensable de mèche.

Pour confirmer ce scénario, il serait nécessaire de pouvoir assister au phénomène dès son initiation. Cela n’a encore jamais été le cas. Les victimes, vivant généralement seules, ont jusqu’ici toujours été retrouvées une fois la combustion terminée.

Notes

[1Gromb S, Lavigne X, Kerautret G, Grosleron-Gros N, Dabadie P. Spontaneous human combustion: a sometimes incomprehensible phenomenon. Journal of Clinical Forensic Medicine. 7(1):29-31.

[2Koljonen V, Kluger N. Spontaneous human combustion in the light of the 21st century. Journal of Burn Care & Research: Official Publication of the American Burn Association. 33(3):e101-107.

[3Levi-Faict TW, Quatrehomme G. So-called Spontaneous Human Combustion. Journal of Forensic Sciences. 56(5):1334-1339.