De l’élève consommateur à l’élève producteur de vidéo : le projet #filmeTsvt

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, par Pascal COMBEMOREL

Les lycéens sont d’importants consommateurs de vidéos sur internet, mais ils sont peu nombreux à être producteurs de contenus. Le projet #filmeTsvt a pour objectif de faire découvrir aux élèves les différentes étapes menant à la réalisation d’une courte vidéo scientifique. Ce travail, réalisé à la fois sur des séances d’accompagnement personnalisé et à la maison, permet de travailler de nombreuses compétences : recherche documentaire et éducation aux médias, vulgarisation scientifique, travail collaboratif et maîtrise de différents outils informatiques. Cet article expose les conditions de mise en œuvre de ce projet sur neuf séances, et propose des adaptations possibles autour de cette progression. La qualité des vidéos réalisées par les élèves montre l’investissement important de ceux-ci et leur motivation pour le projet.

 Le contexte : les jeunes et les vidéos sur internet

Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a réalisé, en juin 2015, une enquête sur la diffusion et l’usage des technologies de l’information dans la société française [1]. Cette étude portait sur un échantillon représentatif de la population française (2 209 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas). Il en ressort, sans surprise, que les 12-17 ans, tranche d’âge regroupant l’essentiel des collégiens et lycéens, sont d’importants consommateurs de contenus sur internet. Tous ont accès à internet, et 84 % disposent à la fois d’une connexion fixe et mobile. Par ailleurs, 81 % sont équipés d’un smartphone. Cette forte accessibilité à internet est liée à une utilisation importante : 85 % des 12-17 ans se connectent tous les jours, et leurs usages sont notamment marqués par une forte consommation de contenus multimédia : ils sont en effet 59 % à utiliser internet pour regarder ou télécharger des films, des vidéos ou des séries (contre seulement 35 % de l’ensemble de la population français de 12 ans et plus). Aucune donnée chiffrée n’est disponible sur l’utilisation de la plate-forme YouTube en particulier. Cependant, les 17 élèves ayant participé au projet #filmeTsvt avaient déjà tous visionné des vidéos sur cette plate-forme avant le début du travail [2].
Si de nombreuses données quantitatives sont disponibles sur les jeunes en tant que consommateurs de vidéos, peu sont disponibles sur les jeunes producteurs de vidéos. C’est pour pallier ce manque de données qu’un questionnaire a été réalisé auprès des 17 élèves ayant participé au projet #filmeTsvt. Les résultats montrent que 71 % d’entre eux (12/17) avaient déjà réalisé une vidéo simple (filmer une action en train de se dérouler, sans scénarisation et sans montage), mais seulement 41 % (5/12) avaient déjà publié une telle vidéo sur internet, et uniquement 8 % (1/12) sur la plate-forme YouTube. En ce qui concerne la réalisation de films complexes (impliquant une scénarisation et un montage), seuls 24 % (4/17) des élèves en avaient déjà produits.

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La production de vidéos par les élèves
Nombre d’élèves en fonction du genre de vidéo produit et du type de publication (n=17).
Source : Pascal Combemorel. Questionnaire réalisé auprès des élèves ayant participé au projet #filmeTsvt.

Ces résultats sont à considérer avec précaution dans la mesure où l’échantillon étudié est de taille très réduite. Ils permettent cependant de voir, qu’à l’échelle de cette classe, les élèves sont tous consommateurs de contenus, mais peu sont producteurs de vidéos complexes, nécessitant un réel travail d’élaboration.

 Les objectifs du projet

Dans le cadre du projet #filmeTsvt, les élèves sont amenés à produire une courte vidéo (entre 2 et 5 minutes) permettant de répondre à une question scientifique : qu’est-ce-qu’une symbiose, sommes-nous génétiquement plus proches de nos parents ou de nos frères et sœurs… La problématique choisie pour la vidéo doit être en lien avec le programme de sciences de la vie et de la Terre (SVT).
Le projet #filmeTsvt permet de répondre à plusieurs objectifs pédagogiques : scientifiques, techniques et d’éducation aux médias.

Les objectifs scientifiques

Les élèves choisissent la problématique de leur vidéo, en lien avec le programme de SVT de terminale, d’autres niveaux, ou sur tout sujet ayant un lien avec la biologie ou la géologie. Quelle que soit la problématique choisie, la réalisation d’une vidéo de vulgarisation implique nécessairement, pour y répondre, de réaliser des travaux de recherches documentaires. Une telle démarche ancre durablement un certain nombre de connaissances des programmes de SVT dans les esprits des élèves.

Les objectifs techniques

Réaliser un film permet aux élèves de comprendre les différentes étapes de la préparation d’une vidéo : recherches documentaires, scénarisation, préparation des fichiers sons et des fichiers images, tournage des séquences vidéos, montage, diffusion. À travers ces étapes, les élèves découvrent de nouveaux outils informatiques, ou se perfectionnent dans l’usage de ceux qu’ils connaissent déjà (navigateurs internet, logiciels de traitement de textes, de production d’images, de sons, de vidéos…).

Les objectifs d’éducation aux médias

Le projet #filmeTsvt permet également de sensibiliser les élèves à l’évaluation critique des contenus trouvés sur internet. Il s’agit pour les lycéens d’apprendre à évaluer la fiabilité d’une information. Ils sont également amenés à découvrir les principes du droit d’auteur et apprennent à le respecter, notamment en utilisant des œuvres placées sous licence Creative Commons.

 La mise en œuvre pratique

La réalisation du projet s’est déroulée sur neuf semaines, sur l’heure hebdomadaire d’accompagnement personnalisé, avec une classe de 17 élèves de terminale scientifique. Ceux-ci pouvaient choisir de faire leur vidéo seuls ou en se mettant par groupes de deux ou trois. La plupart des séances se sont déroulées dans une salle équipée d’ordinateurs, à raison d’un pour deux élèves.

Les différentes étapes sont expliquées dans l’infographie ci-dessous :

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Infographie présentant la progression du projet #filmeTsvt
Cliquez sur l’image pour ouvrir le document.

 Bilan et modifications possibles

Au bout de neuf semaines de travail, entrecoupées de deux périodes de vacances scolaires, les vidéos réalisées par les élèves ont été publiées en ligne.

Les problématiques choisies par les élèves sont variées et portent sur différentes notions des programmes de SVT. Les modes de réalisation adoptés sont diversifiés : diaporamas commentés, animations, prises de vues réelles… Toutes les productions ont en commun d’avoir nécessité un engagement important de la part des élèves. Plusieurs heures de travail ont en effet été nécessaires à la réalisation des vidéos, notamment au moment du montage. Cet investissement est à relier à la forte motivation induite par le projet : tous les élèves déclarent avoir aimé participer à ce projet [3].

Les conditions matérielles dans lesquelles le projet s’est déroulé étaient particulièrement favorables : classe de 17 élèves seulement, tous équipés d’ordinateurs à la maison, et disponibilité d’une salle informatique à presque toutes les séances. Il est évident que des conditions moins favorables auraient rendu plus difficile la mise en œuvre de ce projet.

Pour terminer, il est possible de proposer plusieurs modifications par rapport au déroulement présenté plus haut.

Une démarche de classe inversée

Pour les séances en deux parties, la première étape, en classe, consistait pour le professeur à présenter le travail à réaliser, qui était ensuite effectué par les élèves pendant le reste de l’heure. La fin du travail était à réaliser à la maison. Il est cependant possible d’adopter une démarche de classe inversée. Dans ce cas, les élèves prendraient connaissance chez eux du travail à effectuer (par exemple en visionnant une courte vidéo expliquant l’objectif et les moyens à mettre en œuvre), tandis que la réalisation se ferait ensuite en classe, avec l’aide du professeur.

La taille des groupes et les rôles des élèves

Les élèves étaient amenés à travailler seuls ou par groupes de deux ou trois. Ils étaient donc très polyvalents, et obligés de se consacrer à chaque étape de la réalisation. On peut cependant envisager une répartition du travail plus proche de la réalité de la réalisation d’un court-métrage, en ne produisant qu’une seule vidéo, œuvre collective de toute la classe. Dans ce cas, il faudrait répartir les différents rôles (scénaristes, acteurs, monteurs, etc.) à chaque élève ou groupe d’élèves.
Une organisation de ce type amènerait nécessairement un grand nombre de changements par rapport à l’organisation présentée dans cet article.

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Article - De l’élève consommateur à l’élève producteur de vidéo : le projet #filmeTsvt
L’article complet au format PDF.

Notes

[1Brice L, Croutte P, Jauneau-Cottet P, Lautié S. Baromètre du numérique (Édition 2015). Available at: http://www.credoc.fr/publications/abstract.php?ref=R325.

[2Combemorel P. Questionnaire réalisé à la fin du projet #filmeTsvt.

[3Combemorel P. Questionnaire réalisé à la fin du projet #filmeTsvt.